« Auto-Collapsologie » – ce que nous devons à la ZAD

En avril 2018, la « zone à défendre », la ZAD de Notre-Dame-des-Landes est un territoire qui a donné lieu à une forme d’affrontement exceptionnel. Yann revenait de la ZAD lorsque je l’ai interviewé. Il m’a partagé son vécu et son point de vue (Interview podcast à écouter en cliquant sur l’image ci-dessous).

zad

Crédit photo : Coralie Dhénin

Comme pour d’autres, la « zone à défendre » représente pour moi et depuis longtemps un bouillonnant laboratoire social et culturel*. La dynamique m’inspire l’éloge d’un dialogue fécond en raison d’une diversité humaine à l’œuvre, d’une aventure sociale acceptant la complexité, l’engagement corporel, en lien avec la terre.

Dans un monde où tout doit être normé, catalogué, mesuré, homogénéisé, s’y inventent de nouvelles formes de vies et de liberté. C’est un carré de mauvaises herbes dans un paysage artificialisé, calibré, et bétonné.

Sur la ZAD, on existe en commun et on cohabite avec la nature. On partage des rêves et des outils. On sort de l’emprise du marché en construisant sa cabane en terre-paille. On redonne du sens au travail en élevant des vaches et en prenant soin de la forêt. On échappe au couperet de l’Etat en cultivant les solidarités et l’accueil. On lutte en dormant et on prépare les alternatives en occupant des terres. Ce n’est pas une utopie, c’est notre réalité de demain qui prend formes sous nos yeux.

L’éloge des mauvaises herbes – Ce que nous devons à la ZAD

La ZAD serait un laboratoire pour expérimenter des réponses face à une civilisation confrontée à la collapsologie**. En ayant précédemment expérimenté un territoire en difficulté avec des projets impliquant des conséquences non viables pour le vivant, l’humain et son environnement, je reste intimement persuadée que des leaders politiques et des responsables associatifs exercent encore un rôle sans percevoir la force propre de leur pouvoir, destructeur ou créateur. Leur responsabilité est immense face au potentiel induit par une posture d’être et d’action ouverte à plus grand que leurs propres intérêts personnels ou ceux de l’organisation qu’ils défendent.

Plus tôt, le déni de l’interdépendance et du pouvoir individuel se dévoilent intimement, plus tôt la créativité collective peut-elle s’organiser ? Cette forme d’effondrement personnel est-elle une nécessaire « auto-collapsologie » pour laisser émerger un nouvel horizon ?

Ce jour d’avril,

en approchant un champ de bataille,

j’ai rencontré trois gendarmes,

La peur dans six yeux,

Qui peut détendre nos soldats intérieurs ?

Sur la route, un jeune homme m’a dit,

Souhaiter une vie meilleure,

Que nos vieux leaders admettent l’erreur

d’avoir trop été, nez à nez, avec l’horreur,

l’héritage déposé, cessez le feu.

Ensoleillés, vulnérables, yeux ridés,

Regardez de nouveau l’immense orée.

Gabrielle Miae Ka – 26 juin 2018


Pour approfondir :

*Dossier de Reporterre sur Notre-Dame-des-Landes

Des zadistes à la Biennale de Venise – Article We Demain

**Collapsologie – Etude de l’effondrement de la civilisation industrielle – Wikipédia

 

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