Mon corps en jeu a-t-il quelque chose à en dire ?

Dans ma recherche, ma « résistance existentielle », s’affine jour après jour une direction et un positionnement artistique, une voie pour dire. J’ai à cœur d’utiliser le corps et la rencontre dans le moment présent.  Réaliser des performances. Mais au fait, pour quoi faire et pour dire quoi ?

corpsetartivisme

« Corps et artivisme, comment écrire collectivement un manifeste radicalement engagé »

Lorsque j’ai partagé avec un ami cette vidéo « Corps et artivisme, comment écrire collectivement un manifeste radicalement engagé« , il m’a répondu « difficile d’accès pour moi les performances je me sens interloqué devant ces scènes. Ce qui me touche en revanche, c’est leur capacité à exprimer quelque chose au-delà de la personnalité, comme de s’oublier dans l’improbable. »

Transcender la personnalité en touchant son expression singulière, voici sans doute un bel aboutissement de travail créatif pour un homme ou une femme, y compris pour l’artiste et le performeur.

De mon côté, ce que j’apprécie dans les propositions de performance, c’est la variété d’expressions singulières, la surprise créée par le « décalage » visuel, le « déboulonnage » du convenu, parfois radicalement « nu », « déshabillé ». Je peux y sentir l’intensité des présences humaines. J’aime aussi sentir le minimalisme de la mise en scène, la rencontre entre la proposition artistique dans l’espace-temps et la réception par le public. Il y a comme un sentiment palpable du temps qui se suspend dans cette expression unique partagée entre performeur et spectateurs.

« In the performance, you put the life inside the work, because the life and the performance become one thing. » Marina Abramovic

Quels sont les potentiels émergents de l’art-performance ? Une façon d’extravaguer ?  Est-ce une manière de partager et se réapproprier un présent, un désir, un rêve, une attention aux choses, à ce qui nous entoure ? Dans cette « société de la performance » (cf.  un récent article de la revue Inrockuptibles), sera-t-il toujours juste d’employer ce terme pour signifier l’expression singulière d’un propos ?

« Bientôt dans la rue, on ne verra plus que des artistes et on aura toute la peine du monde à trouver un homme.  » Arthur Craven

Dans une indispensable analyse « La beauté, un geste politique » (Emission France Culture du 12 juin 2018), Annie Le Brun dénonce « l’enlaidissement du monde » qui frappe selon elle notre société depuis l’avènement conjoint du capitalisme financier et d’un art contemporain obsédé par l’argent.

Par son caractère éphémère, la performance est une production d’art contemporain qui échapperait à cette critique ? Après tout, pourquoi cette forme ne serait-elle pas sujette à une forme d’enlaidissement dès lors que l’humain ne reconnaît pas sa puissance créative et la responsabilité qui en découle ?

Ce que j’apprécie chez certains performeurs coréens, c’est l’alliance d’onirisme dans une vaste palette expressive sans tomber, ni dans le pathos, ni dans le folklore. Aussi, dans leurs propositions de performance, j’y sens souvent la beauté du lien, à la fois riche, fragile et sacré de la nature et de l’humain.  Ceci est-il lié à un héritage chamanique ? Si l’être humain se rapproche de la source de ce qu’il est à la fois dans sa véritable nature et dans ses origines ancestrales, touche-t-il une dimension sensible et profonde qui l’éloigne du déni, de l’appropriation, du cynisme, et donc d’enlaidissement ? Je le crois.

Lorsqu’une posture artistique embrasse l’intime, les caractères physique et émotionnel transmettent une force à eux seuls. Certes, l’œuvre éphémère est susceptible d’avoir une portée sociale, politique, thérapeutique ou esthétique, mais ce n’est pas le sens premier que je mets dans la force de cet art. Aussi, lorsque le créateur de l’œuvre y dépose une part intime, il crée un passage pour dépasser la dynamique réductrice de « fascination-répulsion » décrite par mon ami. L’art devient alors un pont qui permet de franchir des frontières de nations intérieures et extérieures.

Aussi la production d’œuvre peut-elle se suffire à elle-même ? Comment créer des espaces d’expression d’un vécu partagé pour permettre un dialogue enrichi par l’altérité. Ces espaces peuvent-ils permettre d’intégrer différentes expressions de l’expérience artistique et donc une plus large perception de celle-ci ? Je le crois car j’en connais le goût exquis, j’aimerai le vivre et le partager plus encore.

Je suis amusée d’écrire ces mots ce même jour où je reçois un email d’une entreprise de parfum de luxe. Suite à cet article que j’ai écris il y a quelque temps « Le Kolam, un art méditatif dans un éloge à la rue », l’entreprise a souhaité que je la mette en relation avec des artistes de kolam pour illustrer leur prochaine campagne de produit. C’est donc cela qu’évoque Annie Le Brun, dans l’expression « cosmétisation » de l’art ?

L’heure prochaine offrira-t-elle une fenêtre de créativité, une fissure, un échappatoire, une voie d’une force inspirée, permettant de continuer à réinventer nos pas d’hommes et de femmes ? Que nous dansions ou que nous cultivions des carottes, je nous souhaite un coeur vibrant. Nous savons peu de choses, mais le coeur lui, sait tout.

Gabrielle Miae Ka – 18 juin 2018

Pour approfondir :

Interview : Sarah Trouche, un corps de protestation et de dialogue par Deuxième Page, magazine culturel participatif, intersectionnel, féministe, engagé et résolument ouvert à la culture émergente

« Corps en résistance »  Valérie Jouve par Filigrane Editions

Non, la performance artistique, ce n’est pas (que) des gens nus, du sang et des cris –  Article de Julien Baldacchino pour France Inter

MOVE au Centre Pompidou : le rendez-vous désobéissant de la performance – Article Ingrid Luquet Gad pour les Inrockuptibles

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