Faire entrer la magie dans l’espace

Je me souviens de ce jeudi 21 décembre 2017. C’était le jour du solstice d’hiver.

Quelques jours avant, j’avais reçu une proposition de « danse et pratique artistique » par un collectif de danse. L’intention avait été formulée ainsi dans un email :

« permettre de glisser avec conscience, créativité et joie d’une saison à une autre, selon où vous vous trouverez, comme il vous est et sera possible en prenant soin de vous au maximum! »

Je n’avais jamais eu l’occasion de célébrer un solstice jusqu’ici. Alors étant de plus en plus à l’écoute de la nature et du rythme des saisons, j’ai apprécié cette idée de me réunir avec d’autres. C’était une façon de me relier symboliquement au changement de saison.

J’étais d’autant plus excitée par la proposition, qu’elle s’étendait à l’international avec une heure « centre/noyau » fixée à 17h27, heure de Paris. J’imaginais un lien par la danse à différents endroits de la planète avec ce petit réseau de danseurs-improvisateurs. Merci aux initiateurs de cette rencontre. Cela me procurait une telle sensation d’effervescence intérieure, que pour l’occasion, quelques heures auparavant, j’ai préparé et rassemblé tous plein d’objets artistiques : des foulards, des colliers, des billes, une kalimba*. J’étais ravie que s’animent toutes ces couleurs, ces textures, ces formes différentes. Je me sentais invitée à me parer, jouer, honorer, fêter et faire apparaître ce qui était vivant à l’intérieur dans une expression partagée avec d’autres ?

Lorsque nous sommes arrivés dans la salle, il y avait quelques personnes déjà présentes, leur corps au sol, avec des mouvements très lents. Cherchaient-elles à habiter l’espace, et dans ce même temps, leur espace intérieur ? L’énergie était en décalage avec mon état intérieur très pétillant. J’ai réalisé ce jour là, tant le contraste a été fort, combien mon état interne se met en relation de manière immédiate avec l’espace. Je suis allée déposer mes objets au sol. Ils étaient et demeuraient la trace multiple et colorée de mon intention première.

solstice

Les uns et les autres sont allé les toucher et se les approprier progressivement. Le jeu est arrivé timidement. La danse est restée dans une certaine retenue. En dehors de quelques duos, je n’ai pas eu cette sensation, connue de nombreuses fois, de joie liée à un mouvement libre et partagé à plusieurs. Est-ce pour cette raison qu’après un moment, nous nous sommes tournés vers les crayons et les pinceaux ? Lorsque je regarde aujourd’hui ces traces de dessin et peinture, je me dis qu’il y a eu beaucoup d’étincellement exprimé sur ces feuilles de papier. Je me demande alors, encore aujourd’hui, ce qu’il nous a manqué pour faire entrer ces étincelles internes dans l’espace de la salle.

Je danse donc je vis

Un peu plus tard dans l’hiver, j’ai voulu redonner une chance à ma boule de facettes en l’emmenant sur un autre terrain de jeu. J’étais seule cette fois-ci.

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10 replies »

  1. La nuit porte conseil !

    Quelques hypothèses me sont venues, des pistes de réponse à la question « Qu’est ce qu’il nous a manqué pour faire entrer la magie, nos étincelles internes dans l’espace de la salle ? »

    Tout d’abord, nous avons été près de 7 personnes à arriver en retard de près d’une demi-heure par rapport à l’heure dite. Ce sont les effets collatéraux du covoiturage. Les retardataires étaient proportionnellement plus nombreux que les personnes à l’heure. Le rapport au temps pour se réunir était dès le début décalé.

    Ensuite, il n’y a pas eu de cercle formel pour se saluer, se regarder, prendre le temps de se relier avec nos présences. Je crois personnellement que le cercle permet de créer un climat de confiance, de première connaissance, avant d’aller dans la rencontre dansée. Cela me renvoie à un apprentissage sur la création d’un cadre pour favoriser la coopération humaine : plus on met les conditions (formes) du cercle, plus le contenu mental et émotionnel de chacun évolue vers une liberté d’expression, de parole car tout le monde est au même niveau. Avec le cercle, c’est vécu dans l’espace et dans le corps. Le cercle serait le contenant de la rencontre, qui permet la confiance puis à la joie d’arriver. C’est aussi une « membrane frontière » ou les arrivées et les départs peuvent être reconnus, nommés pour garder le sentiment de sécurité et de cohésion.

    La création d’un cercle, d’un cadre irait-elle à l’encontre d’un « laisser-faire à ce qui est présent » et privilégier le « non-agir », cher à Lao Tseu et aux nombreuses personnes que je côtoie dans l’univers de la danse et de l’improvisation ? D’une certaine manière, je reconnais ma part d’interventionnisme dans l’intention d’encourager ce qui ne se meut pas encore spontanément vers un cercle. C’est malgré moi, j’éprouve ce besoin, ce désir d’humanité, à travers chacun : que nous nous regardions, dans la rencontre, pour se reconnaitre, s’honorer, partager, créer ensemble…

    Quand je suis partie seule dans la nature avec la boule de facettes, j’étais très contente de jouer avec les éléments. Mais je ne peux m’empêcher de penser que le jeu s’enrichit au contact de l’autre, des découvertes dans la réciprocité et l’altérité. J’ai hâte de rencontrer d’autres occasions de jouer ensemble !

    • A propos du cercle
      Si tu chantes ou donne un spectacle dans la rue, sur une place, aussitôt se crée naturellement un cercle…
      Et dans plein de cultures existe (existait) le cercle d’harmonie…
      Au restaurant, si on est nombreux, je préfère les tables rondes…

  2. J’aime beaucoup cet article. Ce contraste entre l’énergie pour la célébration et celle rencontrée dans la salle. J’aime que soit posée la question du pourquoi sans y répondre autrement que par cette deuxième chance donnée à la boule à facette qui devient alors la star de l’histoire tellement elle illumine la vidéo. La lumière se convoque alors dans la nature et révèle ainsi que la lumière y était déjà. Et la boule à facette c’est toi.

  3. C’est étonnant ce que tu racontes, cette retenue dans la danse?
    peut-être une émotion d’un passage ?
    Et dans les dessins, ça bouillonne ensuite, quelque chose que les gens n’arrivaient pas à dire avec le corps,
    ou il fallait que ça murisse…
    L’idée de ta boule à facettes c’est très intéressant :
    ces reflets multiples de la terre…
    Et me reviennent toujours aux mots du Chef Joseph : “La terre et moi sommes d’un même esprit,
    la mesure de la terre et la mesure de nos corps sont les mêmes…”
    La boule est comme les heures qui scintillent dans le corps en harmonie avec les éléments…
    Marcher dans la nature me manque en ce moment…
    Autrefois, les gens de la terre célébraient les passages de saison, suivant leurs cultures…
    J’ai pensé (je ne sais pas pourquoi ?) tout à coup à un texte de Giani Esposito, homme multiple également,
    acteur, chanteur, poète… :

    « 22 instants ou faces d’une croix
    Tendre et multiple sensible univers,
    en ton éternité ne connaîtrais-je,
    ta vie intérieure est aussi la mienne,
    et ma conscience aspire à ta conscience,
    par un seul feu l’absolu nous pénètre…
    Tendre et multiple sensible univers,
    illimité, masse éclats où sommeillent
    22 instants ou faces d’une croix,
    cela dépend du degré de lumière.
    Oh ! Hiérarchie du présent que je vis,
    que ma joie de servir à quelques
    immenses inconcevables tâches
    à la mesure de votre amour,
    pénètre ma douleur et vive en l’exaltant de sa substance.
    Oh ! Hiérarchie,
    que ma douleur comme un être vivant,
    aime, comprenne et justifie ma joie.
    Dieu que tu sois presque absent de ma vie,
    cela m’oblige à te penser sans cesse.
    Tendre et multiple sensible univers,
    assez absent pour que je puisse un jour,
    sans le secours d’aucune forme
    avoir la vision soudain de ton essence.
    Mais assez dans mon vide étincelant,
    pour que je sache aussi obscurément
    que je t’avais pressenti dans mon coeur.
    22 instants ou faces d’une croix,
    en toi me retrouver et me sentir,
    et par l’amour de toi comme on savoure un fruit,
    mourir et goûter à moi-même.
    Tendre et multiple sensible univers. exaltant de sa substance.
    Oh ! Hiérarchie,
    que ma douleur comme un être vivant,
    aime, comprenne et justifie ma joie.
    Dieu que tu sois presque absent de ma vie,
    cela m’oblige à te penser sans cesse.
    Tendre et multiple sensible univers,
    assez absent pour que je puisse un jour,
    sans le secours d’aucune forme
    avoir la vision soudain de ton essence.
    Mais assez dans mon vide étincelant,
    pour que je sache aussi obscurément
    que je t’avais pressenti dans mon coeur.
    22 instants ou faces d’une croix,
    en toi me retrouver et me sentir,
    et par l’amour de toi comme on savoure un fruit,
    mourir et goûter à moi-même.
    Tendre et multiple sensible univers. »

  4. Soleil, tu étais loin.
    Déesse nous rappela ta présence.
    Je suis pris dans la fascination du rayon lumineux qu’on ne voyait plus.
    Mais il est là.
    Je ne le vois pas.
    Je suis pris dedans.
    Il me darde de son étincelle.
    Il me tarde de rendre cette lumière.

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